Médicaments diabétiques et insuffisance cardiaque

Deux des médicaments les plus couramment utilisés dans la prise en charge du diabète de type 2, la rosiglitazone et la pioglitazone (noms de marque Avandia et Actos), ont été associés à un risque accru d’insuffisance cardiaque, a rapporté The Independent. Prendre l’un des deux médicaments, prescrits pour les personnes atteintes de diabète de type 2, pourrait «doubler le risque d’une insuffisance cardiaque», a déclaré le 27 juillet 2007.

Le Daily Telegraph a cité les chercheurs disant qu’un patient sur 50 prenant le médicament sur une période de 26 mois “souffrirait d’insuffisance cardiaque et aurait besoin d’être hospitalisé”. L’utilisation de ces médicaments a apparemment doublé au cours des trois dernières années, et ils affirment que cette recherche appelle à repenser la réglementation de ces médicaments par les autorités.

La recherche originale a été menée pour étudier le risque d’insuffisance cardiaque avec l’utilisation de la classe de médicaments thiazolidinedione – la rosiglitazone et la pioglitazone – et pour voir comment cela change avec la dose et la durée d’utilisation. Des questions sont soulevées au sujet de la sécurité de ces médicaments, mais les résultats de cette recherche doivent être interprétés avec soin et équilibrés par rapport aux avantages que ces médicaments apportent aux personnes atteintes de diabète.

D’où vient l’histoire?

Sonal Singh et Curt Furberg de Wake Forest University Medical School, Caroline du Nord, États-Unis et Yoon Loke de l’Université d’East Anglia, Angleterre ont réalisé cette recherche et il a été publié dans le journal à comité de lecture, Diabetes Care.

Quel genre d’étude scientifique était-ce?

Les chercheurs ont recueilli de l’information à partir d’essais contrôlés randomisés (ECR), d’études observationnelles, de séries de cas, de rapports de cas et de rapports du Programme canadien de surveillance de la réaction aux médicaments.

Ces rapports ont ensuite été combinés en utilisant la télé-analyse. Ceci est décrit par les auteurs comme une méthode qui «tente de déterminer l’effet indésirable d’un médicament en complétant les informations provenant de différents modèles d’étude pour toutes les catégories de preuves».

Pour identifier les ECR, les auteurs ont recherché des études potentielles référencées dans des articles de recherche antérieurs et ont recherché une base de données unique (PubMed) entre janvier 2003 et septembre 2006 pour trouver des recherches récentes portant sur des patients prenant l’un des deux médicaments thiazolidinedione pour plus de 6 mois, où ils avaient été comparés avec un médicament placebo inactif et il y avait des informations disponibles sur le nombre de personnes qui ont connu une insuffisance cardiaque.

Les chercheurs ont également consulté PubMed pour des études d’observation et des rapports de cas contenant des informations sur les patients diabétiques prenant ces médicaments qui ont développé une insuffisance cardiaque par rapport à l’utilisation d’autres médicaments pour traiter le diabète de type 2.

Cette recherche a obtenu trois ECR, quatre études d’observation et 162 cas de patients uniques. Des méthodes informatiques ont été utilisées pour calculer un odds ratio combiné, une mesure statistique du risque de développer une insuffisance cardiaque pendant la prise des médicaments, pour les trois ECR et quatre études observationnelles. À partir des rapports de cas individuels, les chercheurs ont combiné les résultats pour examiner le temps moyen nécessaire au patient pour développer une insuffisance cardiaque après le début du traitement.

Quels ont été les résultats de l’étude?

Les chercheurs ont calculé à partir des ECR combinés qu’une personne était un peu plus de deux fois plus susceptible (risque accru de 110%) de développer une insuffisance cardiaque si elle prenait l’un des médicaments à base de thiazolidinedione par rapport à un médicament placebo inactif. D’après les études observationnelles, ils ont calculé qu’une personne avait 50% plus de risques d’insuffisance cardiaque. Afin de clarifier davantage le risque, ils ont calculé que sur une période de 2,2 ans, si 50 personnes étaient traitées avec les médicaments, une serait affectée par l’insuffisance cardiaque.

Les études de cas et les rapports du Programme canadien de surveillance des réactions pharmacologiques ont révélé que le délai moyen de développement de l’insuffisance cardiaque après le début d’un traitement par thiazolidinedione était de 24 semaines, peu importe la dose prise sérum.

Quelles interprétations les chercheurs ont-ils tirées de ces résultats?

Les chercheurs concluent de leur télé-analyse qu’il existe un risque accru d’insuffisance cardiaque lorsque l’un ou l’autre des médicaments à base de thiazolidinedione, la rosiglitazone ou la pioglitazone, est pris. Ils suggèrent que les directives de pratique et les informations sur l’emballage des médicaments reconnaissent ce risque.

Que fait le NHS Knowledge Service de cette étude?

Cette recherche soulève plusieurs questions sur les risques de prendre les médicaments thiazolidinedione. Cependant, considérée seule, cette étude présente quelques inconvénients que les auteurs reconnaissent eux-mêmes:

Ces résultats de l’étude ne peuvent pas prouver que les thiazolidinediones sont la cause de l’insuffisance cardiaque. De nombreuses autres conditions médicales pourraient avoir causé la maladie chez un patient qui prenait ces médicaments diabétiques, par ex. crise cardiaque récente. En outre, d’autres médicaments qui n’ont pas encore été pris en compte pourraient présenter un risque (les études dans ce rapport ont comparé les médicaments à un médicament placebo inactif uniquement, et non à un autre médicament actif).

Cette recherche a combiné des données provenant de plusieurs études de taille et de design différents. Différentes classifications de l’insuffisance cardiaque ont été utilisées, par exemple, parfois les patients considérés comme de nouveaux cas d’insuffisance cardiaque par une étude peuvent ne pas avoir été considérés comme identiques par une autre étude.

L’avantage de ne pas prendre le médicament en réduisant le risque d’insuffisance cardiaque devrait être soigneusement pesé contre le risque pour la santé de ne pas prendre les médicaments pour le diabète de type 2.

La fiabilité de cette méthode de combinaison de plusieurs types d’études et les méthodes utilisées pour extraire les études (par exemple en utilisant une seule base de données informatique) peuvent être mises en question. Par exemple, les rapports de cas qui ont été identifiés peuvent avoir fait l’objet d’un biais de publication, par exemple, seuls ceux présentant un effet nocif ont été publiés.

Cependant, le fait que ces études ont montré un lien possible entre certains médicaments contre le diabète et le risque d’insuffisance cardiaque ne peut être exclu, et suggère que des recherches supplémentaires sont nécessaires dans ce domaine des soins médicaux.