Se réveiller sous anesthésie peut être plus rare qu’on ne le pensait

“Choc de chirurgie” annonce le Daily Mirror, avertissant que “150 patients se sont réveillés pendant les opérations l’année dernière et beaucoup ne pouvaient pas alerter le médecin.”

Il n’est pas surprenant qu’un titre de tabloïd joue sur nos cauchemars – être réveillé mais incapable de bouger pendant la chirurgie ressemble à quelque chose d’un film d’horreur. En fait, les nouvelles sont basées sur une étude portant sur le nombre de patients ayant une «conscience accidentelle» après avoir reçu une anesthésie générale.

Les chercheurs ont constaté que l’incidence de la sensibilisation accidentelle était en réalité beaucoup plus faible que prévu. Contrairement à l’impression donnée par le Mirror, seulement 46 incidents se sont produits pendant les opérations dans une période d’un an.

Des recherches antérieures ont calculé l’incidence de la conscience accidentelle entre un et deux pour 1000 anesthésiques généraux donnés.

Cette étude, basée sur un sondage mené auprès d’anesthésistes britanniques chevronnés, a révélé un taux beaucoup plus bas, soit environ un sur 15 000. Plus rassurant encore, les deux tiers des patients qui se sont réveillés «ne ressentaient aucune douleur ou détresse».

Les résultats de cette étude doivent cependant être considérés avec prudence. Les données d’enquête ont des limites: comme le notent les auteurs, il est possible que les cas de connaissance accidentelle aient été sous-estimés ou surdéclarés.

Il vaut la peine d’examiner pourquoi il semble y avoir un écart entre l’incidence de la conscience accidentelle trouvée dans cette étude et l’incidence beaucoup plus élevée trouvée par la recherche précédente. Cette recherche utile sera suivie d’une enquête similaire auprès des anesthésistes en 2012-13.

D’où vient l’histoire?

L’étude a été réalisée par des chercheurs des hôpitaux de l’Université d’Oxford, Royal United Hospital à Bath et St James’s Hospital, Dublin. Il faisait partie du 5ème projet d’audit national (NAP5) du Collège royal des anesthésistes et de l’Association des anesthésistes de Grande-Bretagne et d’Irlande, et a été financé par ces deux organisations.

L’étude a été publiée dans les revues à comité de lecture Anesthesia et le British Journal of Anesthesia, et peut être lue gratuitement en ligne (accès libre).

Le titre du Mirror semblait calculé pour inspirer la peur, tout comme le récit déchirant d’une malheureuse qui avait été accidentellement au courant pendant une opération de l’estomac. Le fait que les chercheurs aient trouvé beaucoup moins de cas de sensibilisation que prévu – un risque d’environ un sur 15 000 – n’est reconnu qu’à contrecœur vers la fin de l’histoire du Mirror.

La couverture de l’article par BBC News était beaucoup plus équilibrée.

De quel type de recherche s’aggissait-t-il?

Il s’agissait d’une enquête menée auprès de tous les anesthésistes du Royaume-Uni, afin de connaître le nombre de patients qu’ils avaient accidentellement pris conscience au cours de l’anesthésie générale au Royaume-Uni en 2011. L’enquête actuelle représente la première étape (de base) du cette zone. Il sera suivi d’une étude qui recueillera de façon prospective des données sur la conscience accidentelle pendant l’anesthésie générale (AAGA) au Royaume-Uni pour 2012/2013.

L’AAGA se réfère au phénomène d’éveil ou de conscience d’un patient malgré le fait qu’il a reçu une anesthésie générale en préparation d’une intervention chirurgicale, et que le patient peut se souvenir après une intervention chirurgicale.

Certains patients qui ont l’expérience de l’AAGA ont seulement des souvenirs vagues et oniriques. Les auteurs de l’étude expliquent que «ils pourraient ressentir une certaine conscience de tirer ou d’entendre des bruits». Mais d’autres personnes qui souffrent de l’AAGA ont déclaré souffrir ou être éveillées, mais incapables de bouger.

Les chercheurs et les auteurs d’un éditorial d’accompagnement, soulignent que cela peut être une expérience traumatisante compréhensible, avec une forte proportion de personnes qui l’expérience de développer un trouble de stress post-traumatique.

Les auteurs soulignent que dans des études antérieures basées sur des questionnaires de patients, l’AAGA se produit entre 1 et 2 pour 1 000 procédures sous anesthésie générale. Ils visaient à savoir combien de cas d’AAGA étaient venus à la connaissance des anesthésistes.

Qu’est-ce que la recherche implique?

Les chercheurs ont recruté une équipe d’anesthésistes consultants dans 329 hôpitaux du NHS à travers le Royaume-Uni. Ils ont demandé aux consultants d’agir en tant que coordinateurs locaux et de distribuer des formulaires de collecte de données à tous les anesthésistes consultants et seniors dans leurs hôpitaux. Les coordinateurs ont rassemblé les réponses et résumé les résultats, qui ont été renvoyés aux chercheurs.

Les questions posées sur le formulaire comprenaient:

le nombre de nouveaux cas d’AAGA dont ils ont été informés en 2011, sous leur surveillance directe ou sous surveillance

la disponibilité et l’utilisation de moniteurs d’anesthésie – ce sont des dispositifs qui mesurent toute une gamme de fonctions corporelles, telles que le rythme cardiaque et l’activité cérébrale, pour voir comment le patient réagit aux effets de l’anesthésie

si leur hôpital avait des politiques pour prévenir et gérer AAGA

La fréquence des cas d’AAGA a été calculée sur la base du nombre d’anesthésiques généraux pratiqués au Royaume-Uni, en tenant compte du fait que certains anesthésistes n’ont pas répondu à l’enquête.

Quels ont été les résultats de base?

Les données ont été recueillies auprès de 7125 anesthésistes (82%) dans les 329 hôpitaux. Au total, 153 nouveaux cas d’AAGA ont été notifiés à ces anesthésistes en 2011. Cela a été estimé à un cas d’AAGA pour 15 414 anesthésiques généraux administrés.

L’enquête a montré que:

72 des cas (47%) sont survenus sous anesthésie générale ou peu après, mais avant le début de la chirurgie

46 des cas (30%) sont survenus pendant la chirurgie

35 des cas (23%) sont survenus après la chirurgie, mais avant le rétablissement complet

Un peu plus d’un tiers des personnes (38%) déclarant souffrir de douleur ou de détresse à la suite de cette expérience. Près des deux tiers (62%) des personnes ayant déclaré être conscientes au cours de la chirurgie ont déclaré ressentir de la douleur, mais ce phénomène était moins fréquent chez les personnes atteintes d’AAGA avant la chirurgie (28%) ou après la chirurgie (23%).

Des moniteurs permettant d’évaluer la profondeur de l’anesthésie ont été signalés dans 164 centres (62%), mais seulement 1,8% des anesthésistes ont déclaré utiliser ces moniteurs de façon routinière. Seulement 12 hôpitaux (4,5%) avaient des politiques pour la prévention et la gestion de l’AAGA.

Comment les chercheurs ont-ils interprété les résultats?

Les chercheurs disent que la découverte la plus frappante est que l’incidence des nouveaux cas d’AAGA signalés aux anesthésistes au Royaume-Uni en 2011 est d’environ un cas sur 15 000, soit beaucoup moins que les résultats d’études précédentes.

Ils disent que si les deux ensembles de données sont valides, alors pour chaque cas d’AAGA notifié à l’anesthésiste par 15 000 anesthésiques généraux administrés, jusqu’à 30 patients supplémentaires connaîtront l’AAGA mais ne le signaleront pas.

Une enquête plus approfondie sur la disparité entre AAGA notifiée aux anesthésistes et celle rapportée dans des études antérieures est nécessaire, les chercheurs affirment. Ils soulignent également que les conséquences négatives apparentes de l’AAGA semblent être très faibles, les deux tiers des patients se “réveillant” ne ressentant aucune douleur ou détresse.

Conclusion

Cette enquête nationale complète auprès des anesthésistes a constaté que les rapports de prise de conscience accidentelle pendant l’anesthésie générale (AAGA) étaient rares, à environ un cas pour 15 000 anesthésiques généraux, ce qui semble rassurant. Des études antérieures utilisant différentes méthodes ont suggéré une incidence plus élevée de 1 à 2 cas pour 1 000 anesthésiques généraux.

Il s’agissait d’une enquête rétrospective qui reposait sur les patients déclarant AAGA à leur anesthésiste, et ces anesthésistes enregistrant ou rappelant avec précision toutes les notifications d’AAGA sur une année. Cela peut signifier que les résultats sous-estiment la véritable fréquence de ce phénomène.

Les chercheurs énumèrent plusieurs autres raisons pour lesquelles cela pourrait être une sous-estimation, notamment que les anesthésistes ne voient pas systématiquement les patients après la chirurgie.

D’un autre côté, comme le soulignent également les chercheurs, l’utilisation de techniques d’anesthésie associées à un risque plus faible d’AAGA, ainsi qu’un service de plus en plus fourni par un consultant au Royaume-Uni, peut signifier que l’AAGA est moins fréquent ici que dans les autres pays. le phénomène a été étudié.

Cette importante recherche est la première phase de l’audit planifié avec une deuxième phase prospective de cette étude prévue, qui permettra de répondre à certaines de ces préoccupations. Idéalement, cette étude devrait inclure des entrevues directes avec les patients afin de mieux comprendre la fréquence de l’AAGA au Royaume-Uni.

Alors que l’AAGA semble être beaucoup plus rare au Royaume-Uni qu’on ne le pensait, on pourrait soutenir qu’un seul cas est un cas de trop. Les chercheurs concluent en disant que si l’AAGA est une complication rare de l’anesthésie, elle reste une complication importante qui devrait toujours être évitée.